Je suis dans un de ces
jours où je n'ai jamais eu d'avenir. Il n'y a qu'un présent
immobile, encerclé d'un mur d'angoisse. La rive d'en face du fleuve
n'est jamais, puisqu'elle se trouve en face, la rive de ce côté-ci ;
c'est là toute la raison de mes souffrances. Il est des bateaux qui
aborderont à bien des ports, mais aucun n'abordera à celui où la
vie cesse de faire souffrir, et il n'est pas de quai où l'on puisse
oublier. Tout cela s'est passé voici bien longtemps, mais ma
tristesse est plus ancienne encore.
Fernando Pessoa
Lettre à Màrio de
Sà-Carneiro, 14 mars 1916.